COMPTE RENDU. Comme promis, je me suis rendue à la soirée d’ouverture du festival ‘Moyen-Orient : que peut le cinéma’ (voir mon post du 8 novembre 2007). L’instigatrice et organisatrice de cette belle initiative, Janine Euvrard était souffrante et n’a pas pu venir présenter ce festival qui, après-tout, est bien le sien.
D’abord, les films. Je ne vais pas m’attarder dessus, parce qu’aucun n’était à proprement parler israélien (mais Israël y montrait bien un bout de sa bobine !). Je n’ai malheureusement pas pu assister à l’intégralité des diffusions, seulement à ‘The Colour of Olives’ et ‘The Iron Wall’, deux long métrages.
‘The colour of olives’, film palestino-mexicain de la réalisatrice Carolina Rivas, est un documentaire qui retrace en une semaine la vie d’une famille palestinienne, piégée par le mur de séparation, coupée de ses terres, enfermée et littéralement asphyxiée par les règles des militaires et la proximité d’une colonie juive. Mais, ce n’est pas n’importe quel documentaire ; j’appellerai ça ‘documentaire d’art et d’essai’ : le film est, selon moi, avant tout un très joli exercice de style, où le travail sur la forme est tellement poussé qu’il en finit par trop retravailler et donc desservir le fond. Le film presque muet -des citations sont intercalées entre certaines scènes, écrites blanc sur noir. Avec beaucoup de portraits en gros plan, quasi statiques, des différents membres de la famille. Il semble que le projet de Rivas ne soit pas d’informer, car si l’on apprend certaines choses grâce à ce documentaire, d’autres restent sans réponse. C’est, du moins, le sentiment que j’ai eu en sortant de la salle. Reste qu’il s’agir d’un très beau film que je recommande à toute personne qui s’intéresse tant au travail esthétique qu’au sort des Palestiniens.
Quant à ‘The Iron Wall’, de Mohammed Alatar, c’est un concentré pur d’infos, sans gros travail cinématographique :
[video]http://youtube.com/watch?v=0JEI04jVvg0[/video]
Cinquante-deux minutes d’information en continu. Le film retrace depuis les années 20, les années Jabotinsky, la lente conquête de terrain par les sionistes d’antan et les colons d’aujourd’hui. Il explique comment petit à petit, la terre promise (sans mauvais jeu de mots) aux Palestiniens n’a cessé de diminuer comme peau de chagrin. Et de ce point de vue, c’est très réussi. (si vous voulez voir tout le film en streaming, il est disponible sur Youtube en 6 parties)
Je regrette surtout deux choses au sujet de cette première journée du festival. D’abord, les deux long métrages diffusés ne montraient qu’un côté des souffrances : le côté palestinien. D’ailleurs, c’était évident durant le débat aussi où seules trois personnes étaient invitées, toutes trois engagées auprès des Palestiniens : Dominique Vidal, journaliste au Monde Diplomatique a une vision très modérée du conflit sinon proche des Palestiniens ; Leïla Chahid, représentante de l’Autorité Palestinienne à Bruxelles ; et Michel Warshawski, fondateur d’une organisation israélo-palestinienne milititant pour les droits des palestiniens (l’AIC)…
Je ne dis pas que je ne pense pas comme eux que l’occupation est un crime contre l’humanité, que la construction du mur en est un autre. Mais, pour avoir un débat, il faut des personnes de plusieurs camps sinon, ça devient un club de bien pensance, enfermé dans une salle, et ça ne mène nulle part. Un couple de sionistes n’a d’ailleurs pas été autorisé par le reste de la salle à exprimer son point de vue. C’est un peu dommage : le débat doit-t-il prêcher des convaincus ?
Je n’ai eu aucun problème avec le fond du “débat”, mais pour ce qui est de la forme, il vaut peut être mieux réintituler ces moments “rencontres” au lieu de “débats”.
Last but not least, ce que je regrette par dessus tout, c’est quand même qu’on n’ait, à aucun moment cherché à répondre à la question de la semaine : “que peut le cinéma? “. La question n’a pas été posée une fois. Comme si les films devaient répondre d’eux mêmes, et qu’après, on passait aux choses sérieuses. Il serait plus judicieux, je pense, de profiter de la présence des réalisateurs (car ils étaient là !) et de chercher à comprendre le pouvoir de l’image, ses possibilités d’action dans une guerre de 100 ans. J’ai été très déçue, car il s’agit tout de même du nom du festival ! Je reste cependant optimiste et mets ça sur le compte du côté très “politique” des invités du jour. La réponse sera sans doute apportée dans les prochains jours du festival…
Pour finir, et pour vous remercier d’avoir lu jusqu’ici, je vous raconte la dernière blague juive qui circule en Israël (relatée par Dominique Vidal):
“Un mec s’étonne que les invitations à la conférence d’Annapolis n’aient pas encore été envoyées. Un autre lui répond que ça dépend : pour un mariage, il faut les envoyer plusieurs mois à l’avance, mais pour un enterrement, la veille suffit”.
>> Lire : “Que peut le cinéma? (2/3) : ‘Forgiveness’ ou tragédie grecque en terre promise“
>> Lire : “Que peut le cinéma? (3/3) : enfin des éléments de réponse!“







J’ai beaucoup aimé le documentaire “The Iron Wall”, qui m’a appris pas mal de choses sur la colonisation de la Cisjordanie. Notamment le fait qu’elle ait culminé lorsque les accords d’Oslo étaient en train d’être signés… Ou qu’elle était surtout économique, avec des fortes incitations financières pour donner aux Israéliens l’envie (envie qu’ils n’avaient pas du tout d’eux-même) d’aller s’y installer. Le témoignage d’une femme qui habite dans une colonie était particulièrement éclairant, sur le fait que les colons n’ont absolument pas conscience de vivre dans un territoire occupé, mais sont complétement dans leur monde, dans le microcosme de la colonie. (j’ai trouvé le professeur israélien qui en parlait très drôle d’ailleurs : “plonger dans leur piscine juive” …). Et surtout, elle faisait remarquer que si l’on proposait des conditions de vie équivalentes aux colons, la plupart d’entre eux reviendraient vivre en Israël. Le chiffre avancé par le documentaire (80% de colons économiques et seulement 20% d’idéologiques) est d’ailleurs impressionnant. Mais ces derniers 20% (dont certains que l’on aperçoit, armés, en train de faire régner la terreur à Hébron) sont aussi… “impressionnants”.
Il y avait aussi un documentaire “très court métrage”, j’ai trouvé le format d’autant plus intéressant que le fond était surprenant : c’était sur des arabes palestiniens qui apprenaient à danser la capoeira !
En ce qui concerne le débat, je suis tout à fait d’accord avec toi. Pratiquement rien sur le rôle du cinéma, à part une phrase de Leïla Chahid au passage. Elle faisait remarquer que les Palestiniens n’avaient plus aucune confiance en leurs hommes politiques, que la communauté internationale et leurs propres combats pour le pouvoir ont contribué à discréditer. Du coup, le rôle de promotion de la paix revient en grande partie à d’autres élites, culturelles, dont les cinéastes. Réflexion intéressante qui aurait mérité d’être creusée plutôt que donnée en “ouverture” d’un propos tout à fait différent. Ne serait-ce qu’en nous expliquant par quel moyen ils allaient y parvenir.
D’une manière générale, débat général sur la paix au Moyen-orient, sans rapport direct avec les projections, n’avait pas grand chose à faire dans une salle de cinéma (a fortiori une salle de cinéma étroite et surchauffée !). En particulier une discussion où la plupart des participants sont d’accord (notamment parce qu’ils ont été choisis pour ?), hormis sur des choses concrêtes (un Etat ? deux Etats ? etc.) sur lesquels personne ne voulait vraiment s’avancer. Heureusement qu’il y avait dans le public une femme juive (israélienne ?) idéaliste qui s’est dévouée pour faire rire (de sarcasme) le public en promettant aux Palestiniens que tout s’arrangerait pour eux dès qu’ils arrêteront de tirer des rockets sur Sdérot.
En somme, un bon documentaire, un bon court métrage, mais un débat sans rapport avec le cinéma, sans rapport avec le documentaire, et où tout le monde était d’accord (donc pas un “débat” comme tu disais). Il m’a quand même permis de voir Leila Chahid en chair et en os, cela valait le coup
.
Leïla Chahid est une grande femme heureusement qu’il y a des personnes comme elle pour défendre la nation palestinienne parce ce n’est pas des documentaires qui vont le faire. Tout le monde sait que les palestiniens souffrent et qu’Israël commet des horreurs et le montrer encore et encore dans des films ne change rien.
Bravo pour cet investissement et cette maîtrise du sujet, cela donne vraiment envie de voir tous ces films
Nadja
en effet et pour qu’il y ait débat il faut qu’il y ai échange de sponts de vues. merci de la signaler
nadja