ECONOMIE. Dimanche 20 janvier à 11h, le Salon du Cinéma consacrait une table ronde sur l’importance de la co-production pour le cinéma israélien. Plus spécifiquement, la rencontre s’intéressait à la co-production France-Israël. Compte-rendu.
Intervenants :
-Xavier Merlin, directeur des Affaires européennes et internationales du CNC
-David Libkind, directeur d’Israel Film Fund (équivalent en Israël du CNC français, producteur de ‘Kadosh‘, ‘The Bubble‘, ‘Tu marcheras sur l’eau‘,… pour ne citer qu’eux)
-Sophie Dulac, productrice et distributrice (dont la boîte a distribué, entre autres, ‘Prendre femme‘, ‘Avanim‘ et co-produit ‘La Visite de la Fanfare‘)
-Yaël Fogiel, directrice des Films du Poisson (co-producteur des ‘Méduses‘)
- La Politique de la France, à travers le CNC, en matière de co-production
Xavier Merlin : Le CNC a toujours eu envie d’échanger et de dialoguer avec d’autres cultures. Concrètement, pour accompagner cette envie, le CNC négocie des accords entre la France et un certain nombre d’autres pays qui servent à aider les films étrangers à trouver des financements en France de la part du CNC, des chaînes de télévision (premier producteur de films en France) ou de la part d’entreprises privées. A ce jour, il y a une cinquantaine d’accords. Les pays européens, plus proches voisins de la France ont été les premiers à signer dans les années 1960. Puis, les pays francophones d’Afrique et du Maghreb ont suivi. Et progressivement, ce champ de coopération s’est élargi à des pays d’Amérique latine, d’Asie, et du bassin Méditerranéen dont Israël. C’est donc une politique très large, mais qui correspond à la réalité du travail cinématographique : beaucoup des films étrangers qui sont diffusés en France sont en fait des co-productions. Aujourd’hui, la France produit environ 220 films par an et un tiers sont des co-productions internationales.
- L’accord France-Israël
Xavier Merlin : Un premier accord avec Israël avait été signé dans les années 1980. Mais ça n’a pas très bien fonctionné. Le vrai départ date de 2001 suite à des renégociations de l’accord de co-production. Depuis 2002, on dénombre 28 films co-produits par la France et Israël. C’est un nombre spectaculaire. Israël arrive en effet en sixième position derrière la Belgique (pays frontalier et francophone), l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni (tous proches voisins européens). Il y a donc une dynamique extrêment positive et un bilan dont nous avons nous-mêmes été surpris. De plus, parmi ces films co-produits, on trouve des films qui ont eu à la fois un succès public et des prix dans les grands festivals comme celui de Cannes.
Le CNC, au-delà de l’accord de coopération, essaye d’accompagner les films plus largement : on a mis en place des bourses d’aide à l’écriture des scénarios, on accueille depuis plusieurs années des professionnels israéliens dans le cadre du Producers Network à Cannes pour créer des contacts entre Français et Israéliens.
- Le rôle d’Israël Film Fund et du gouvernement israélien
David Libkind : Ce fonds a été créé en 1980. Chaque année, nous produisons une dizaine de films avec environ 400 000 euros de subventions par film. Si la co-production avec la France est si importante, c’est selon moi pour deux raisons : tout d’abord, il y a une proximité certaine entre ces deux pays, et deuxièmement, notre région est au centre des conflits qui secouent le monde et le public mondial a envie de comprendre ce qui s’y passe à travers le cinéma aussi et non seulement à travers les médias. Par ailleurs, notre façon de faire des films en Israël ressemble beaucoup à celle de la France : on pourrait presque dire que nous avons copié ce qu’on appelle le "cinéma d’auteur". Depuis 2001, il y a presque eu une révolution de l’émergence des films israéliens en France. On doit beaucoup à Charles Zrihen qui a créé en 2001 le Festival du film israélien et qui a permis à de nombreux réalisateurs israéliens et français d’échanger.
Par ailleurs, le ministère des Finances israélien a mis sur pieds une commission pour réfléchir aux façons d’encourager les co-productions. Elle vient de faire la suivante proposition : actuellement, si un producteur étranger vient avec un million d’euros pour une coproduction, 30% doivent être versés au fisc israélien ; mais la commission propose maintenant de rembourser au producteur étranger la moitié de ces 30% soit, pour reprendre l’exemple du million d’euros, 150 000 euros qui pourraient être directement réinjectés dans la production du film.
- Le rôle de la co-production dans l’émergence du cinéma israélien en France
Sophie Dulac : La co-production a indéniablement joué un rôle dans ce sursaut puisqu’il a permis au cinéma israélien d’être plus facilement financé et distribué en France. D’ailleurs, la France est le pays étranger dans lequel les films israéliens ont le plus de succès. Mais ça n’a pas joué à 100% : il y a aussi des talents en Israël, des coups de coeurs sur des films qu’on a envie de montrer en France, indépendamment des accords de co-production. C’est le cas de la ‘Visite de la Fanfare‘ qui n’a pas tout de suite trouvé de soutien auprès des professionnels, et qui a eu du mal à trouver des financements. Ils doivent s’en mordre les doigts aujourd’hui puisqu’il a atteint les 300 000 entrées, ce qui est exceptionnel sur ce genre de films.
Bien sûr, Sophie Dulac Distributions ne produit que cinq/six films par an, doit faire des choix et ne peut pas produire tous les films israéliens… En tout cas, ce qui me plaît dans ce cinéma-là, c’est qu’il y a une émergence de jeunes réalisateurs qui sont très critiques à l’égard de leur propre pays (et il n’y a que eux qui peuvent le faire) tout en sachant aussi parler de sujets très divers, sociétaux, économiques et pleins d’humour parfois.
Yaël Fogiel : Je suis d’origine israélienne, ça fait 20 ans que je vis en France et je me sens donc très proche de cette question de co-production franco-israélienne. Les Films du poisson ont produit jusqu’ici essentiellement des films français. Avec ‘Les Méduses‘, on s’est posé pour la première fois la question de savoir si l’on voulait co-produire, car ça nous place dans une situation particulière ! On a accepté car le projet nous plaisait réellement, indépendamment du fait que le film était israélien. Mais il y a une vraie créativité cinématographique en Israël ces dernières années qui nous donne envie de continuer.
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Politique, cinéma israélien et co-production
Dans le public : Existe t-il une corrélation entre l’intérêt des Français pour le cinéma israélien et la politique ?
Sophie Dulac : Dans le cinéma israélien, on n’a plus envie de trouver des connotations politiques. Ce n’est pas le but. J’aimerais qu’on sorte de cette image-là car quoi qu’il arrive il y aura toujours de gens pour politiser un film israélien. Le cinéma c’est de la culture, et il est vrai qu’il véhicule un certain message, mais je ne pense qu’il faille estimer que l’intérêt du public pour le cinéma israélien est uniquement lié aux problématiques politiques.
Xavier Merlin : Le CNC est un établissement public qui dépend du Ministère de la Culture français donc on pourrait effectivement se demander si l’action du CNC est guidée par des considérations politiques. La réponse est non. Que ce soit pour Israël ou pour d’autres pays, quand on décide de développer un partenariat, on ne le fait que si on estime que c’est dans l’intérêt de la profession, dans l’intérêt du cinéma. On n’obéit pas du tout à un agenda politique, mais à des impératifs culturels et aussi, il faut bien l’avouer, économiques. Et je suis sûr que c’est le cas de nos partenaires israéliens.
Un grand merci à Eva Guerda pour sa contribution fondamentale à la rédaction de ce compte-rendu.








Merci pour ce très intéressant rapport sur les coproductions. Que ce soit en général ou concernant les films israéliens, c’est vrai qu’on a peu d’informations là-dessus.
J’ai été bien content de lire qu’Israël était en sixième position des films étrangers coproduits par des Français ! Cela montre bien à quel point ce blog est à la fois pertinent, et d’actualité, puisque le véritable boom ne date que de 2001 / 2002.
. Car après les films américains et britaniques, je ne suis pas certain qu’on voit davantage de cinéma allemand que de films d’Israël. Un peu plus de films japonais ou chinois peut-être ? Et encore…
Il serait maintenant intéressant de savoir en quelle place se trouve la diffusion des films israéliens en France
Le débat étant aussi éclairant, entre autres, sur la place de la politique dans les films israéliens. Je comprends que lorsqu’on pose la question explicitement, les deux derniers intervenants minimisent la place de la politique. Il est évident qu’il ne faut pas réduire les films d’un pays à ses problèmes politiques qui nous intéressent. Cependant, David Libkind (qui lui est Israélien !) nous dit clairement que si les films israéliens ont du succès en France, c’est entre autres parce que le conflit intéresse beaucoup les Français et qu’ils veulent le voir traité par les réalisateurs. Il contredit ainsi une certaine langue de bois un peu exagérée, à mon avis.
Mais cela renvoie peut-être à une problématique plus large, celle de l’image d’un pays en général à l’étranger. Lorsqu’on parle d’Israël, lorsqu’on rencontre un Israélien, lorsqu’on voit ce pays sur une carte, pour une majorité de Français, à mon avis (c’est-à-dire ce qui ne connaissent pas bien le pays et n’y sont jamais allé), cela évoque d’abord le conflit, la politique de cet Etat. La langue, le physique et le caractère de ses habitants, les oliviers et la mer, ce sont des choses qui n’apparaissent qu’après, auxquelles on ne pense qu’en y réfléchissant bien (contrairement à la situation où c’est un Espagnol que l’on rencontre, par exemple).
Et cette importance de la dimension politique, qu’on ne peut pas détacher de l’idée d’Israël ou d’Israélien pour la majorité des Français, est à mon avis la raison pour laquelle on voit davantage de films israéliens que de films brésiliens, mexicains ou argentins, par exemple. Entre autres
.
On pourrait aussi s’intérroger sur les relations entre culture et politique, il me semble que même en ayant tout l’idéalisme possible et tout l’amour possible pour tel ou tel mouvement artistique ou pour telle ou telle production culturelle, il est impossible de séparer art et société, art et économie..art et politique même si cela n’est pas nécessairement explicite.
Le fait même d’exporter un film particulier par rapport à un autre est aussi dirigé par des motivations économiques et politiques je pense.Ce n’est pas une critique mais je crois qu’il faut quand même que le recepteur en soi conscient.Ce qui n’empêche en rien d’apprécier les oeuvres
Yasmina,
Je suis Hélène Schoumann et c’est moi qui est animée et préparez les questions du débat concernant les accords de coproductions entre la France et Israël, vous auriez pu me citer. A chage de revanche , je reprends mes questions et mon débat pour l’ouvrage que je termine sur le cinéma israélien. je me plagie donc moi- même, mais ce n’est pas honnête de ne pas me citer. Je suis journaliste, présidente du festival du film israélien…
Hélène Schoumann
Hélène,
J’ai hate de lire votre ouvrage et vous félicite pour cette initiative: il manquait un livre de référence sur le sujet.
Pour ce qui est du reproche que vous m’adressez, vous avez raison. Je me réjouis que vous ayez corrigé ma négligence.
Merci d’avoir visité le blog.