NEWS. Du 7 au 16 novembre 2008, le festival international du film d’Arras (neuvième édition) fera un zoom sur le cinéma israélien. Avec notamment la projection d’une série de films récents :
‘Mon trésor’ (Keren Yedaya),
‘Prendre femme’ (Ronit et Shlomi Elkabetz),
‘Free Zone’ (Amos Gitaï),
‘The Bubble’ (Eytan Fox),
‘Beaufort’ (Joseph Cedar),
‘La Visite de la fanfare’ (Eran Kolirin),
‘Tehilim’ (Raphael Nadjari),
‘Les Méduses’ (Etgar Keret et Shira Geffen),
‘Les Citronniers’ (Eran Riklis),
‘My father, my lord’ (David Volach),
‘Valse avec Bashir’ (Ari Folman).
C’est l’association Plan séquence qui organise l’événement sur la Grand’ Place.







Et dans tout ça, qu’est-ce que tu recommanderais plus particulièrement?
Tu comptes te rendre à Arras Marie ?
Je voulais m’amuser à classer les quelques films que j’ai vus dans la liste, mais j’avais beaucoup de mal pour choisir un numéro 1, celui qu’il faudrait voir en priorité si on n’en choisit qu’un !
Dans la catégorie « génial » :
J’ai adoré Freezone, mais ne l’ai vu qu’une fois, à sa sortie. C’est un road trip un peu étrange de trois femmes (une Américaine, une Israélienne et une Arabe – elle doit être Palestinienne, mais peut-être Jordanienne, je sais plus). Ca reste un « film de Gitai » (qui prend son temps, sans beaucoup de paroles…).
J’ai aussi adoré Valse avec Bashir, qui est probablement plus original. On en a beaucoup parlé…
La Visite de la fanfarre est juste génial, je pense qu’il est plus « consensuel », à tout point de vue.
Dans la catégorie « très bien » :
Beaufort est aussi un film marquant, des Israéliens enfermés dans un bunker attendant l’ordre de repli. Assez dur…
The Bubble, ce sont des jeunes de Tel Aviv et un Palestinien, entre combat pour la paix et homosexualité… Il faudrait que je le revoie encore mais je lui préfère Tu marcheras sur l’eau, du même réalisateur.
Dans la catégorie « je déconseille vivement » :
- Prendre femme : un couple qui se déchire pendant toute la durée du film. On a un peu envie de se tirer une balle…
- Tehilim : un de ces films israéliens que je comprends pas trop, avec peu de dialogues, qui sont censés montrer les déchirures et les difficultés de la société je crois. C’est fondé sur une scène / un événement (un accident de voiture / disparition) un peu improbable / tiré par les cheveux, et je me suis ennuyé pendant le reste du film.
Les quatre autres, je les ai pas vus parce que j’avais pas envie de les voir, essentiellement. Mais la spécialiste les as vus, elle.
Non, du tout! C’est pour le plaisir de te faire me faire un peu de promo’ en général (comme il y a plutôt des posts « zoom » et rarement des listes)
.. et comme j’ai recommencé à me….. « chercher » des films….
Je vais suivre tes conseils et voir ce que je peux trouver
Je partage à peu près les idées de Quentin concernant les films.
Pour compléter :
-Mon trésor : un film lourd, avec une Ronit Elkabetz lourde mais néanmoins intéressant. Bien ficelé, bien joué. Mais désagréable comme film.
-My father my lord : une parabole biblique. J’ai écrit la critique dans ce blog mais en résumé, c’est un film peu rythmé et difficile d’accès pour des personnes qui ne sont pas a priori intéressées par les questions de religion et d’extrémismes.
- Les citronniers : très bien pour des personnes peu au fait des raisons du conflit israélo-palestinien, qui méconnaissent un peu les relations entre ces deux peuples. Mais le réalisateur, Eran Riklis est un grand pro-palestinien qui passe mal chez certains israéliens.
- Les méduses : une jolie fable un peu déjantée (du Etgar Keret pour ceux qui connaissent un peu sa littérature). Un film subtilement engagé, peinture de la société israélienne. Très agréable à regarder, mais attention, ça ne veut pas dire que ce film est nunuche !
Si je dois en recommander un, moi, c’est The Bubble. Un film extrêmement bien construit, avec ce côté un peu « amateur et petit budget » qu’ont les films d’Eytan Fox. Je trouve ce film plus puissant et abouti que ‘Tu marcheras sur l’eau’, contrairement à Quentin.
Si je dois en recommander un deuxième, c’est La visite de la Fanfare qui est dans le top 10 de mes films préférés.
Mais tous les films ci-dessus sont excellents. Si je dois en déconseiller un, c’est effectivement ‘Prendre femme’ qui est très vite saoulant (mais qui plait et parle à beaucoup de monde donc c’est une question de goût). Et qui est nettement moins bon que le deuxième volet de la trilogie à laquelle il appartient : ‘Les sept jours’ (mais difficile d’accès aussi).
Je trouve que The Bubble est un bon film, mais pas vraiment excellent, j’avais plus l’impression qu’on tombait rapidement dans la caricature ( surtout avec le final de l’explosion… la je suis restee decue). On s’attache neanmoins au personnages, le film se laisse regarder sans probleme meme par des personnes qui ne s’interessent pas plus que ca au conflit. Disons, qu’on a de l’affection meme pour les defauts du film.
Je n’ai pas l’impression que Fox se renouvelle beaucoup non plus en tant que realisateur.
Je suis contente que tu en parles Alia. Tu n’es pas la première personne à dire qu’il est caricatural ce film. Je pense que le mot le plus juste est schématique.
Ce film est un conte. Y’a les gentils et y’a les mé chants. Ni plus ni moins. Y’a le palestinien malheureux et y’a l’israélien qui mène la belle vie. Ce n’est pas caricatural c’est systématique. Les personnages ne sont pas des personnages mais des figures, comme les personnages de la Comedia dell’Arte sont des figures et pas personnages.
Ma grande théorie par ailleurs, et sur laquelle je compte un jour écrire un papier, c’est que ce film est un remake de Romeo et Juliette (qui sont eux aussi des figures et non des personnages comme les personnages de Molière, de Shakespeare, de Voltaire…). Ce qui fait de l’explosion finale quelque chose de nécessaire : si ce film est un remake de R et J, il faut qu’ils meurent sinon l’histoire perd tout intérêt.
Il y a les victimes collatérales : la soeur d’Ashraf (qui jouerait Mercutio), Yali (qui serait Tybalt). La bal du début (scène de la rencontre) c’est la checkpoint. Paris, c’est la soeur du membre du Hamas, Jihad.
Bon je ne veux pas griller toutes mes cartouches comparatives ici car je veux laisser un peu de suspens pour le papier que j’espère écrire un jour…. Mais tu as saisi l’idée.
Si l’on voit ce film comme une démonstration, comme une esquisse schématique du conflit (c’est à dire quelque chose qui donne les grandes lignes sans rentrer dans le détail : une démarche très intéressante, pas une caricature), on ne peut pas lui reprocher ce que tu lui reproches.
Quand aux films d’Eytan Fox, ce n’est pas parce qu’il parle d’homosexualité dans tous ses films -étant lui même homosexuel- qu’il ne varie pas ses sujets ! Il y a une réelle évolution dans son travail :
- Yossi et Jagger, c’était une histoire d’amour entre deux israéliens… à l’armée ! Sujet difficile à évoquer en Israël dès lors qu’on sort de la rue Skeikin de Tel-aviv.
- Tu marcheras sur l’eau évoquait une histoire d’amour entre un israélien et un allemand (c’est déjà beaucoup, puisqu’il s’agit de l’ennemi historique)… petit-fils du nazi responsable de la mort d’Eyal (!!!!). On est monté d’un cran.
- The Bubble, c’est une histoire d’amour entre un israélien et un palestinien (ennemi actuel)… beau-frère d’un membre du Hamas. Un film qui, en définitive, dit « faites l’amour, pas la guerre ». Ca semble bidon, ici, en France, mais l’idée, tu le sais, n’est pas encore tout à fait répandue dans la tête des gens concernés.
Il y a par ailleurs des scènes sublimes dans ce film qui méritent qu’on s’y arrête, mais là encore je suis dans un commentaire et j’aimerais vraiment pouvoir développer dans un papier.
Enfin, ce film a une qualité essentielle : il est rythmé et facile d’accès pour des gens qui ne s’intéressent pas forcément au conflit ni à la région, et a donc le mérite d’intéresser et d’initier des gens qui ne se seraient pas intéressés autrement (je l’ai testé avec un grand nombre de mes amis). C’est le cas de Tu marcheras sur l’eau.
J’espère que tu me répondras, Alia, sur tous ces éléments. Je suis contente que tu nous rendes toujours visite depuis Philadelphia.
Bon courage pour tes études.
Je me demande dans ce cas si c’est pas le côté « amateur petit budget » dans ce cas qui nuit à the Bubble.
Ou alors au contraire l’impression, par rapport à Tu marcheras sur l’eau, que le film part dans tous les sens… (il y a le resto, la rave, le voyage en Cijordanie). Du coup ça va un peu contre l’autre tendance, celle à la simplification.
Cela étant dit, tu as tout à faire raison de dire que schématisation et carricature, c’est différent. Et avant de dénoncer la seconde, il faut se demander pourquoi est-ce qu’un film cherche à être simple.
Encore une fois, il faut que je revoie le film pour mieux juger, j’essayais juste d’expliquer pourquoi moi ce n’est pas celui que j’aurais conseillé en premier !
Petite question : pourquoi est-ce qu’ils passent « prendre femme » plutôt que « les 7 jours » ?
Ah oui et aussi : une histoire d’amitié entre un Allemand et un Israélien, pas d’amour. Bon ok c’est peut-être parfois ambigu, mais Eyal reste « straight »… Et je ne raconte pas la fin au cas où certains n’auraient pas encore vu ce très bon film
.
C’est vrai : amitié, pas amour. Mon clavier a fourché.
Ils ne passent pas Les Sept jours parce que le film n’est pas sorti depuis assez longtemps pour pouvoir être diffusé à la télé… Il faut six mois pour sortir un DVD. Un peu plus de temps pour qu’un film sorte sur Canal et un an pour qu’un film puisse être diffusé à la télé il me semble. Mais ces chiffres sont peut-être erronés.
Merci pour vos messages.
Bonjour Yasmina,
Merci pour ta reponse.
Je trouve vraiment ton analyse tres interessante.
En effet, j’etais tombe un peu court et je n’avais pas du tout envisage cette interpretation, j’espere que tu ecrira ce papier.
Je suis tres enthousiaste concernant cette idee du film remake de Romeo et Juliette.
Le probleme malgre cet eclairage, c’est que en ce qui me concerne je n’ai pas l’impression que cette reprise se fasse au dela du shematique, en introduisant d’autres complexites. Romeo et Juliette est une oeuvre de reference et s’en inspirer est d’autant plus difficile justement a cause de cela et de l’effet caricatural qui peut en resulter si de reference on passe a cliche. Mais tu as raison de souligner le contexte du film, qui introduit une dimension plus inhabituelle…pour le dire ainsi…que la perception que l’on a en France.
Je me pose aussi la question de savoir si mettre en place des personnages-figures est la meilleure facon de faire face a un des plus grands problemes de la region : l’image stereotypee de l’Autre. Meme si les figures sont la pour dementir l’attitude de rejet et pour etre trenscender, elles restent figures, c’est a dire denuees de complexite interieure ( en ce sens je pense que Romeo et Juliette ne sont pas – dans Shakespeare en tout cas- de pures figures symboliques ).
La mort au finale etait inevitable, je suis d’accord avec toi, car – et la aussi je suis d’accord- le film est construit commme une tragedie. Je trouve simplement que le plan de l’explosion n’est pas des meilleurs, meme s’il peut avoir une valeur symbolique forte. J’avoue qu’en depit de l’idee du conte, je trouve qu’il y a quelque chose de profondement deterministe dans un film qui lutte pourtant contre cette idee ( mais c’est aussi ca l’essence du tragique).
Un autre point a explorer dans ce film serait la question du lieu- entre Tel Aviv-la Bulle- la frontiere, les territoires Palestiniens.
Pour ce qui est de l’evolution du realisateur, il me semble que la gradation se situe toujours dans une meme sphere , et il serait sans doute necessaire d’etudier avec plus de precision les films ( ce que je n’ai pas fait ) mais je ne note pas d’evolution significative dans son art meme en tant que realisateur- on pourrait faire la meme critique a d’autres neanmoins.
Un contre argument a ce que je viens d’avancer serait que de nombreux realisateurs explorent les memes spheres sur plusieurs films…Je trouve interessant qu’il fasse le lien entre le theme de l’homosexualite et celui de la difference, mais pas uniquement sur la question du genre, de l’acceptation sexuelle et de l’exclusion mais egalement sur les autres visages de la difference et de l’alienation ( racisme, heritage historique, rapport- present-passe ect ).
Merci encore pour ta reponse et pour cet eclairage different.
Meme a Philadelphie, je continue a ecrire des messages parfois contradictoires ( !)
C’est vrai qu’il brode sur l’aspect « faites l’amour pas la guerre ». Mais ça reste des situations plutôt originales quand même. Tout comme le Palestinien homo… même dans leurs « types », les personnages surprennent (je pense aussi à Tu marcheras sur l’eau).
Quand à la fin de The Bubble, ben ça évite que ça finisse en happy end assez improbable. Contrairement à Tu marcheras sur l’eau… faut croire que le réal est quand même plus optimiste sur les relations euro-israélienne qu’israélo-palestiniennes !