‘Sous les bombes‘, de Philippe Aractingi.
Avec Nada Abou Farhat et Georges Ghabbaz
Liban, 98 mn
Production : 2006, Sortie : mai 2008
CRITIQUE. Août 2006, le sud du Liban est en ruine, écrasé sous les bombardements israéliens. Une femme surgit, dans une robe bleue courte et décolletée. Zeina cherche un taxi pour l’emmener dans le Sud, à Kherbet Selem, où sont censés se trouver son fils et sa sœur dont elle n’a plus de nouvelles. “Personne ne vous y emmènera, c’est trop dangereux“, lui répond-on.
Un seul acceptera, Tony, un chrétien qui vient aussi de là-bas. Commence alors un voyage à travers un Liban à nouveau meurtri : ponts effondrés, routes coupées, immeubles en miettes. Des cercueils, des bombes à fragmentation. Et cette banderole, signée du Hezbollah : “Vous avez détruit les ponts ; nous avons pris le chemin des cœurs.” Aucun cadavre n’est en revanche montré : “Nous en avons trop vus“, explique le réalisateur.
Tourné caméra à l’épaule, à chaud, dès le 25 juillet 2006, soit avant la fin des hostilités, ce second long métrage de Philippe Aractingi est un témoignage. Les décors sont réels. Il n’y a pas d’acteurs, à l’exception des deux protagonistes : le réalisateur a interrogé des familles, filmé l’arrivée des premiers casques bleus de la Finul, saisi la mise en scène sinistre de funérailles du Hezbollah. Le décompte des victimes, à la radio, est authentique et la plupart des scènes ont été improvisées.

“Ayant déjà traité des sujets aussi brûlants par le documentaire, je savais déjà que ce genre avait ses limites. Pour cette énième guerre que je vivais, le simple témoignage ne suffisait plus. J’avais besoin d’exprimer toute la gamme d’émotions que l’on ressent lors des bombardements“, raconte Philippe Aractingi. Il a donc choisi d’ajouter une fiction autour de ces documents tirés du réel. Parfois maladroitement, parfois avec justesse, les deux personnages principaux, que tout oppose au départ, se rapprochent et finissent par trouver chez l’autre une consolation.
Film de guerre, en guerre, film d’urgence, mais film intemporel, ‘Sous les bombes‘ porte surtout la voix tenace du peuple libanais : “Quand [les Israéliens] reviendront, ce sera encore plus beau qu’avant.”
Yasmina Guerda







Chere Yasmina,
Merci pour cette critique. Ce film est d’une grande puissance, il m’avait beaucoup touchee.
Est-ce que tu penses que le rapprochement des deux protagonistes de deux confessions differentes annonce symboliquement l’emergence d’un Liban nouveau dans le film ?
Pourquoi pas. Il y a sûrement cette dimension.
Mais je pense que ce film est davantage dans la prise immédiate et dans le témoignage que dans le symbole. D’autant que ce film est sorti deux ans après avoir été réalisé et qu’il est clair, deux ans après cette guerre, qu’aucun “Liban nouveau” ne pointe le bout de son nez. Ce sont toujours les mêmes divisions au sein de la société libanaise.
Je pense surtout que le choix de personnages de confessions différentes est :
- naturel car le Liban, c’est ça, c’est ce mélange très enchevêtré, où toutes les communautés se côtoient en permanence.
- une façon de montrer que face à l’ennemi commun, Israël / la guerre, toutes les dissensions internes au Liban s’effacent et créent cette espèce d’union sacrée.
Contente de voir que tu continues de nous rendre visite !
‘- une façon de montrer que face à l’ennemi commun, Israël / la guerre, toutes les dissensions internes au Liban s’effacent et créent cette espèce d’union sacrée. ‘
Oui, c’est a cela que je faisais reference indirectement.
Merci de ta reponse !