Israel montre sa bobine

Haaretz : le nouvel intérêt français pour la culture israélienne

Publicités

PRESSE. Le journal israélien « Haaretz » a publié un article de Daniel Ben Simon sur le nouvel intérêt des Français pour la littérature et la cinéma israéliens. Voici un extrait de la traduction de l’article, publié dans le n°900 de Courrier International (31 janvier 2008).

Le romancier juif et français Marek Halter est assis en face de moi dans un restaurant très chic de l’avenue Montaigne, au coeur du quartier parisien de la haute couture, et il a du mal à maîtriser son enthousiasme. « Vous n’imaginez pas l’engouement des maisons d’édition françaises pour les livres sur les Juifs et sur Israël« , lance-t-il d’une voix tonitruante qui fait se retourner les autres clients du restaurant. (…)

Marek Halter sort justement de chez son éditeur, où il vient de signer un contrat pour un nouveau livre. « Mon livre parlera des Juifs et de la Pologne, dit-il. Il y a encore quelques années, ce genre de sujet n’aurait intressé personne à part quelques Juifs très âgés. Aujourd’hui, ça intéresse l’ensemble des Français. Et ils ne s’intéressent pas seulement aux Juifs de Pologne, mais à tout ce qui concerne les Juifs et Israël« . Marek Halter se souvient que, il n’y a pas si longtemps, la simple évocation d’Israël suscitait un silence gêné de ses interlocuteurs, à cause du conflit sanglant avec les Palestiniens. Aujourd’hui, les auteurs israéliens comme Amos Oz et Aaron Appelfeld jouissent en France d’une popularité inédite. « Je me souviens de cette époque« , ajoute Edna Dagon, une Israélienne qui vit en France et s’occupe de la promotion de la littérature israélienne. « C’était le désert. Nous traduisions Meir Shalev et on vendait à peine 3000 exemplaires. Aujourd’hui, la situation a radicalement changé« .

TOUT SAVOIR D’UNE SOCIÉTÉ QUI DOUTE D’ELLE-MÊME
Les Français accueillent maintenant à bras ouverts la littérature israélienne. Selon Edna Dagon, les lecteurs français éprouvent désormais une grande curiosité pour les auteurs israéliens et ont envie d’entendre parler de ce pays dont limportance géopolitique semble inversement proportionnelle à sa taille. (…) « Ils se sont rendu compte que, par le biais de la littérature, on pouvait comprendre plus intimement la société israélienne« . (…)

Cet engouement pour la littérature israélienne reflète également le récent dégel des relations diplomatiques entre les deux pays. Le retrait d’Israël de la bande de Gaza a sans doute marqué un tournant. Depuis, les relations ne cessent de s’améliorer – et plus encore depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. (…) Marek Halter [explique] : « Les Français ont découvert que ce petit pays avait produit quarante auteurs publiés en France. (…) C’est un honneur qui n’est accordé ni à un pays francophone comme la Belgique, ni aux Pays-Bas, ni à d’autres pays plus peuplés« , souligne-t-il.

Et ce phénomène ne se cantonne pas à la littérature. Les films israéliens remplissent les salles. Même les troupes de danse font salle comble. En règle générale, ce genre de spectacles n’attirait qu’un public de Juifs français qui exprimaient ainsi leur solidarité avec Israël. Aujourd’hui, le public est bien plus large. (…)

« Quand un habitant de Dijon va voir un film israélien, pour moi c’est comme s’il avait visité Israël pendant une heure et demie« , [précise Anita Mazor, l’attachée culturelle de l’ambassade d’Israël]. Plusieurs personnalités littéraires juives françaises ont également contribué àcette inversion de tendance en multipliant les apparitions à la télévision pour présenter un autre aspect d’Israël : un pays en pleine crise d’identité, qui doute et s’inquiète pour son avenir.

Et en complément, vous pouvez lire l’excellente revue de presse de Gian Paulo Accardo, journaliste italien et également parue dans Courrier International, sur le thème : Doit-on boycotter la littérature israélienne ?

Publicités

Publicités